Des mécanismes à connaître …
D’une manière simplifiée on peut résumer ainsi la question du financement des entreprises, selon leur taille, les entreprises se financent soit : pour les petites et moyennes entreprises : via les banques ; pour les grandes entreprises : via les marchés .

A présente, examinons les différents mécanismes possibles.
1) Les prêts bancaires
Dans ce cas, les entreprises (plutôt les moyennes et les petites) sollicitent auprès des établissements financiers des prêts ou des lignes de crédit.
Les prêts peuvent comporter des échéances incluant une part en capital et en intérêt, ou être remboursable in fine (capital remboursé en totalité en fin de période).
Les lignes de crédit ouvrent à l’entreprise la faculté d’emprunter moyennant le paiement d’une commission. On parle alors de faculté de tirage que l’entreprise, selon sa situation de trésorerie, choisira d’exercer ou non.
2) L’appel direct aux marchés
Les grandes entreprises peuvent certes s’adresser aussi aux banques, mais elles choisissent le plus souvent, compte tenu de leur notoriété et des volumes de leur besoin de financement, de s’adresser directement aux marchés financiers. Cette pratique est qualifiée de désintermédiation. Il en résulte un coût d’emprunt moins onéreux pour les entreprises qui y ont recours.
3) La nature des titres
On en distingue deux catégories :
les titres émis avec des échéances à court et moyen terme (marché monétaire)
les titres émis à long terme (marché obligataire)
Les principaux titres à court terme sont les certificats de dépôt (émis par les banques), les billets de trésorerie (émis par les entreprises), les bons du trésor (émis par l’état).
On retrouve sur le marché à moyen terme (durée supérieure à un an) la même scission avec les BMTN émis par les entreprises ou les banques, et les BTAN (bons du trésor à intérêt annuel).
Les emprunts obligataires permettent aux acteurs déjà cités de lever des fonds sur des périodes plus longues (en pratique de 5 à 30 ans). Les titres émis par l’état (en France) s’appellent des OAT (Obligations Assimilables du Trésor). Elles fixent la notion de taux sans risque car l’on considère qu’il n’y a pas de risque de défaut sur un tel émetteur.
4) Les caractéristiques principales des titres
Deux aspects importants et plus techniques méritent d’être préciser :
Ces titres sont négociables, c’est-à-dire qu’il existe un marché secondaire sur lequel on peut acheter ou vendre ces titres. Les prix des titres varient en fonction du niveau des taux d’intérêt et de la qualité de signature estimée à l’instant t par les marchés.
L’entreprise peut choisir de s’endetter à taux fixe ou à taux variable en contractualisant un contrat de taux d’échange d’intérêt (avec une indexation sur des taux courts ou longs). Ce choix est important car un endettement à taux variable peut ou non permettre aux entreprises des économies d’intérêt. Les positions prises par les entreprises sont réversibles à tout moment par la conclusion d’un nouveau contrat de taux d’échange d’intérêt. L’habileté d’un trésorier sera donc mesurée notamment par sa faculté à « figer » sa dette à taux fixe au moment opportun.
5) Les conditions d’emprunt des entreprises
De façon schématique, on peut écrire que :
Prix d’émission par l’entreprise = prix emprunt sans risque (Etat) + risque de contrepartie + risque de liquidité.
Zoom sur le risque de contrepartie : Il est constitué par le risque de défaillance avant l’échéance finale de la dette de l’émetteur. Trois agences de notation (rating) évaluent ce risque et notent chaque émetteur avec une échelle allant de AAA (meilleure note) à D (entreprise en faillite) pour l’échelle de l’Agence Standard and Poor. Selon la note attribuée, mais aussi en fonction de la perception de l’entreprise par le marché, le « spread » entre le coût de l’emprunt sans risque et les conditions de d’émission de l’entreprise sera plus ou moins élevé. Lorsque la notation de l’entreprise est fortement dégradée (inférieure à BBB- ou à BAA3), l’obligation est qualifiée à haut risque (junk bond). L’entreprise se finance alors dans des conditions de « spread » très élevé, pour autant que la liquidité du marché le permette.
6) Contexte actuel du marché Financier et la politique financière d’EDF
Les marchés sont à actuellement frappés par une crise historique de par son ampleur et probablement dans sa durée. Malgré toutes les mesures prises par les Etats et les Banques Centrales, on observe une crise de liquidité sans précédent, y compris entre les acteurs financiers eux-mêmes. Il est vrai que des grandes entreprises et des banques ont connu de vraies défaillances (faillite de Lehmann Brothers le 15septembre 2008, doute important sur de nombreux acteurs financiers et risque de faillite important dans l’économie réelle par exemple avec les fabricants d’automobile américains, etc.).
Ces conditions de marché ont entraîné une chute brutale des marchés financiers qui cotent de nombreuses entreprises, en particulier les plus endettées, « à la casse ».
L’une des conséquences de cette crise financière se traduit par des « spreads » historiquement extrêmement élevés. Il en résulte naturellement des coûts d’emprunt extrêmement élevés.
Ainsi EDF qui s’endettait avec un spread en 2007 d’environ 70 basic points (bp) soit 0,7% de plus que l’OAT référence de l’emprunt sans risque, a emprunté fin 2008 et début 2009 avec un spread variant selon les marchés (Euros, Dollars, etc.) d’environ 300 à 400 bp (soit de 3 à 4%) : le coût du crédit s’est nettement augmenté pour EDF.
Dans ces conditions, depuis le second semestre 2008, la plupart des grandes entreprises cherchent à se désendetter et quand elles réalisent une opération d’acquisition, elles mettent un minimum d’effet de levier (taux d’endettement faible). EDF, pour sa part, s’endette … Par ailleurs, la crise financière se répercutant sur l’économie réelle, elle entraîne une récession, voire une dépression qui conduit à une désinflation. De facto, les taux d’intérêts réels (hors inflation) n’ont jamais été aussi élevés.
Aussi la politique d’investissement massif du groupe EDF à l’international (British Energy et Constellation pour ne citer que les plus importants achats) s’est effectué sur la base de prix d’acquisition « non décotés » et à un moment peu favorable d’un point de vue de trésorerie puisqu’à contre-courant des marchés financiers.
La politique d’acquisition d’EDF s’est mécaniquement traduite par des baisses de sa notation financière par toutes les agences. En tant qu’actionnaires salariés, les conséquences de ces choix à court et moyen terme nous interpellent, gageons qu’EDF saura tirer partie des positions stratégiques acquises.


